ALVO   Amitiés Littéraires du Val d'Orléans

  ATELIERS D’ÉCRITURE


HOMMAGE

Hommage à Elise BRAILLON-NAVASSARTIAN



Élise nous a quitté en cette année 2024, elle aura vécu 103 ans, une vie d’une richesse incroyable.

 

A l’origine, elle était membre de la SLAO (Société Littéraire et Artistique de l’Orléanais) créée en 1960. Quelques dissensions entre les peintres et les poètes aboutirent à la création en 1989 de notre association ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans). Élise en fût la trésorière pendant de nombreuses années.

 

D’origine arménienne, Élise eût à cœur de s’imprégner de la culture française et de sa langue, tout en gardant un attachement particulier à sa culture orientale et à ses traditions.

 

Férue d’art et de littérature, Élise fera la connaissance d’Aurore Sand, petite fille de George Sand, et séjournera à Nohant où elle lui chantera des chants arméniens qui enchanteront ses derniers instants. Sa voix si particulière, justifiera le surnom de « bülbül » (rossignol en arménien) que lui donnait son père.

 

 Elle hébergera également chez elle, à la fin de sa vie, le poète et journaliste orléanais Jules-Marie SIMON, qui l’initiera à l’écriture de la poésie. Élise se distinguera alors dans de nombreux concours littéraires, où sa sensibilité mettra souvent en exergue le terrible destin du peuple arménien.

 

Nous vous proposons deux de ses textes pour que notre pensée aille encore une nouvelle fois vers elle…



***

Pour un pays perdu


Si je reviens un jour sur ma terre natale,

Je ne reverrai plus le sinueux chemin

Parfumé des senteurs de menthe et de jasmin

Où mon père rêvait à l'heure vespérale


Je ne reverrai plus la maison ancestrale

Aux vénérables murs bordés de laurier-tin,

Ni les massifs fleuris du merveilleux jardin

Que les roses paraient de beauté végétale


La joie et la douceur n'habitent plus ces lieux...

Les cendres d'abandon feront pleurer mes yeux,

Car la guerre a posé ses horribles stigmates


Qui font les cœurs meurtris, les immenses douleurs,

Désert que le soleil aux rayons écarlates

Inonde désormais d'inutiles splendeurs.


Élise BRAILLON-NAVASSARTIAN



***


Ce que j'aime


Ce que j'aime par-dessus tout,

Ce sont ces rendez-vous que me donne

Le vent, là-bas, dans la plaine,

Loin du monde et du bruit,

Des hommes et de la haine.


Allongée sur un lit de graminées,

Le front touchant presque le ciel,

J'assiste émerveillée au mariage des insectes dorés,

Je suis le vol saccadé des papillons diaprés.


Le bleuet de lapis-lazuli,

La candide marguerite

Et le rouge coquelicot

Me font une couronne sur fond d'azur.


C'est l'été à l'heure méridienne,

La brise se mêle aux chants d'oiseaux.

Un bourdon laisse choir sur ma joue

L'or du pollen qu'il emporte.


Harmonie des premiers temps,

Mon âme boit aux sources toujours fraiches

De ces instants au goût d'éternité...


Élise BRAILLON-NAVASSARTIAN


3ème mention au prix Jules Palmade (poésie libre)

Aux Grands Prix littéraires de "La Légion Violette" 1968


Share by: